Une Histoire De Familles

Un sac de billes, le succès cinématographique français de cet hiver, est enfin dans les salles israéliennes

Non, ce n’est pas « encore un film sur la Shoah, c’est enfin un film sur la Shoah avec une vraie résilience pour la France et l’amour de l’autre ». Rencontre avec le scénariste du film, Jonathan Allouche, porteur de ce projet qui se veut un message d’espoir 

Jonathan AlloucheCourtesy

Ce projet, que vous portez depuis 15 ans, vous le décrivez comme « une histoire de familles ».  Pourquoi ?

J’ai eu la chance de grandir auprès de Joseph Joffo, auteur du livre Un sac de billes. C’est lui qui m’a initié à la lecture et à l’histoire de la Shoah. Je viens d’une famille Sépharade et notre narratif de la Seconde guerre mondiale est forcément différent. J’ai découvert avec Joseph l’histoire d’une famille juive, fière d’être française, qui n’a jamais remis en cause l’amour qu’elle portait pour son pays. Mais j’ai aussi eu la chance de grandir avec un père exceptionnel, très engagé au sein de la communauté et qui a prôné toute sa vie la tolérance inter-religieuse, le vivre ensemble et l’ouverture d’esprit. Ce sont ces messages que porte le film à travers l’histoire des Joffo. J’ai dédié Un sac de billes à mon père car parti trop tôt, il n’a pas pu voir le film. Mais tout le mérite lui revient.

Vous parlez d’Un sac de billes comme d’un film sur la Shoah « qui fait du bien ». N’est-ce pas antinomique ?

C’est un film porteur d’espoir. Joseph a écrit son livre a l’âge de 40 ans mais avec les yeux de l’enfant qu’il était quand il avait 10 ans, j’ai donc tenu à faire un film familial et populaire qui peut être vu par les plus jeunes. La violence dans le film est très contenue, nous avons voulu parler de ceux qui ont fait le bien pendant la Shoah et non de comment certains ont raffiné le mal. Il y a quelque chose dans Un sac de billes de très spirituel : il faudra miracles sur miracles pour que les enfants Joffo survivent. Il y a l’exemple du Dr. Rozen – merveilleusement bien joué par Christian Clavier –  qui a dû envoyer des dizaines d’enfants vers les camps nazis, mais qui à la dernière seconde a pu sauver les frères Joffo. C’est un film consacré à tous ceux qui se sont battus pour la France et sauver ses juifs. Il met l’emphase sur cette identité française si chère à Joseph et à moi-même. 

Quel impact Un sac de billes peut-il avoir dans le contexte politique français actuel ?

Pendant le tournage, nous avons bénéficié par deux fois d’une couverture médiatique internationale très inattendue. La première, lorsque nous avons enneigé Montmartre en plein été, pour le plus grand bonheur des touristes. La Seconde, car nous avons privatisé le Palais de la préfecture de Nice sur lequel nous avons placé d’énormes bannières nazies. Les gens appelaient sans cesse les autorités, outrés. Nous avions pourtant installé des panneaux pour avertir du tournage, mais les drapeaux se voyaient à des kilomètres. J’en suis persuadé, cet épisode a réveillé un sentiment antinazi. Le film a évidemment une portée politique, à deux mois des présidentielles. Avec la montée du front national, pour moi, les 1.3 millions de français qui ont vu le film se sont 1.3 millions de voix en moins pour le Front National.

Quelques mots sur le casting du film ?

Je suis avant tout très fier d’avoir pu assister au ‘coming out dramatique’ de Kev Adams, qui joue une des scènes les plus fortes du film au moment où il crie « je suis juif, résistant et je t’emmerde », mais je n’en dirais pas plus, il faut aller voir le film ! Patrick et Elsa (Bruel et Zylberstein, NDLR) ont été d’une telle profondeur que je ne pense pas qu’ils jouaient. Joseph m’a par ailleurs confié à la fin du tournage avoir cru voir ses propres parents. Lors des avant premières, certaines personnes du public sont venues me voir pour me confier avoir revécu leur propre histoire. Il ne faut pas oublier qu’Un sac de billes c’est avant tout l’histoire vraie d’un homme encore vivant qui pensait déjà, à l’âge de 10 ans, qu’il avait gagné la guerre.

Qu’elle sera votre prochaine étape professionnelle ?

En tant qu’agent littéraire de Joseph Joffo en Israël, je travaille à faire traduire cette œuvre éducative et culte en hébreu. Mon autre mission, est de rendre hommage à Roman Joffo, le père de Joseph, mort en déportation. L’histoire de Roman c’est celle du peuple juif au fil des millénaires : toujours rester fier de son judaïsme mais malheureusement devoir parfois le cacher pour survivre.

Comme Joseph le dit si bien « Israël est notre assurance vie ». Oui, aujourd’hui nous avons un Etat, mais il reste encore des Juifs dans le monde qui ne peuvent pas vivre librement, il ne faut pas l’oublier. C’est pourquoi je demande aux francophones d’Israël d’aller voir ce film, d’être les ambassadeurs de cette fresque historique et de porter son message d’espoir, si important par les temps qui courent…