En plein boom !

Roy Itzhaki, fondateur et PDG du vignoble Tulip, est fier d’avoir des vins primés. Il n’est pas moins fier du fait que deux tiers de ses employés soient des adultes aux capacités réduites

L’histoire des caves Tulip et de leur fondateur aurait pu avoir sa place dans les manuels scolaires des écoles de Commerce sous le chapitre « Capitalisme participatif ». Tulip Winery a, non seulement connu une croissance fulgurante depuis sa création il y a 11 ans en produisant des vins de qualité, mais le domaine a aussi mis un accent très particulier sur la responsabilité sociale.

David Bar-ilan sert du vin aux visiteursCourtesy

« Lorsque j’ai décidé de fonder la cave, j’avais trois objectifs », explique le PDG Roy Itzhaki. « Le premier objectif était de faire un vin de grande qualité en utilisant les meilleurs raisins, un bon équipement et du savoir-faire. Mon deuxième objectif était de produire un vin abordable, plus accessible que les alternatives existantes à l’époque, toutes extrêmement onéreuses. Enfin, je voulais soutenir la communauté ».

Des valeurs fondamentales

Itzhaki a grandi dans le nord d'Israël, à Kiryat Tivon, au sein d'une famille amatrice de vin. « Nous avons toujours bu du bon vin au moment du dîner et visité des caves lors de nos différents voyages à l'étranger », se souvient-il. Un jour, alors qu'il est encore étudiant en Finances et Economie, il assiste à une foire aux vins à Jaffa et décide que la famille Itzhaki doit se lancer dans la viticulture. « Voilà comment tout a commencé », poursuit-il avant d'ajouter qu'il ne sait pas vraiment pourquoi il s'est senti immédiatement concerné par la responsabilité sociale. « Ce sont des valeurs qui m'ont été inculquées à la maison. Quand j'étais officier à l'armée, je faisais faire à mes soldats deux à trois jours de service communautaire tous les quelques mois. Je crois que les entreprises devraient toutes avoir ces valeurs, pour que toutes les parties soient satisfaites. La responsabilité sociale fait partie de l'ADN de la cave ».

Kiryat Tivon est situé juste à côté de Kfar Tikva (village de l'espoir en hébreu, NDLR), une communauté pour adultes souffrant de déficience mentale. Itzhaki a approché le directeur de ce village avec l'idée d’y construire sa cave et d’employer ses habitants. La direction de Kfar Tikva s’est tout de suite montrée enthousiaste et depuis, Tulip Winery comme Kfar Tikva bénéficient de cette relation étroite.

NathanCourtesy

Aujourd’hui, 40 des employés à plein temps de Tulip sont handicapés mentaux, résidents de Kfar Tikva. Ils travaillent dans le vignoble, dans l’usine d’embouteillage et au centre d’information touristique. D'autres encore travaillent en fonction des besoins du domaine. Ils reçoivent tous des salaires mensuels et les pleins avantages sociaux. « C'est incroyable de voir l'impact que le travail a sur eux », raconte Roy Itzhaki. « Ils ont une raison de se lever le matin et leurs conditions s'améliorent considérablement ».

Aviv, un employé de 43 ans, a commencé à travailler pour Tulip il y a quatre ans. Il ne parlait pas, mais après seulement trois mois de travail dans la cave, il a commencé à communiquer, pour la première fois de sa vie. Il y a également Nathan, un employé de la première heure. Il a 68 ans et contrairement à ses pairs qui ont besoin de soins à temps plein arrivés à cet âge, Nathan aime toujours autant travailler et est en excellente santé. Les employés de Kfar Tikva nécessitent une surveillance étroite et requièrent la même prise en charge que celle d’enfants en bas âge. Les superviseurs de Tulip fonctionnent donc un peu comme un parent ou un aide-soignant.

En plus de fournir un emploi aux résidents de Kfar Tikva, Tulip Winery contribue au développement du village. « Nous avons récemment récolté plus d’un million de shekels (240.000 euros) pour Kfar Tikva », note Itzhaki expliquant que les touristes visitent souvent la cave, entendent parler du village, et font des dons.

Comme si tout cela ne suffisait pas, Tulip est également engagé dans plusieurs autres causes ; en particulier au sein de l'association Make-A-Wish Israël. Comme son nom l'indique, Make-A-Wish vise à réaliser les souhaits d’enfants atteints de maladies mortelles. Chaque année, Tulip vend des vins sous le label Make-A-Wish et reverse 100% de ces bénéfices à l’association.

La plus grande cave « boutique » d'Israël

Aussi impressionnante que soit l'implication sociale de Tulip, le domaine n'en reste pas moins une entreprise. Une entreprise qui fonctionne même exceptionnellement bien.

« Nous sommes la preuve que l'on peut réussir financièrement tout en œuvrant pour le bien de la communauté. Je suis sûr que nous avons réussi grâce à nos valeurs », affirme religieusement Itzhaki. Difficile de le contredire : en 2003 Tulip produisait seulement 7.000 bouteilles. Ce nombre a depuis exponentiellement augmenté de 300.000 bouteilles par an. Tulip est aujourd'hui le plus grand producteur de vins « boutique » en Israël.

Itzhaki n'avait aucune connaissance en viticulture. La première chose qu'il a fait a été d'embaucher un maitre chai pour lui apprendre les bases du métier. Le caviste, David Bar-Ilan, a auparavant travaillé dans de grands établissements vinicoles en Israël et en Australie. Il donne le ton et créer des mélanges uniques. « Être créateur de vins pour Tulip Winery est une opportunité et une sensation forte – la sensation d'être en mesure de produire des vins de qualité sans compromis, avec la possibilité de faire partie d'une famille très spéciale », confie-t-il. David est assisté par une équipe de quatre conseillers : deux à l'étranger et deux en Israël.

Les raisins utilisés pour la production de vins de Tulip proviennent de vignobles dans différentes régions du pays. Environ 60% sont issus de Haute Galilée, 30% des collines de Judée, 5% du plateau du Golan et les 5% restants de Zichron Yaakov et Binyamina.

Les vins Tulip sont aujourd’hui exportés dans 14 pays, le plus grand marché se situant aux États-Unis. « Nos clients ne sont pas uniquement Juifs », tient à souligner Itzhaki. Les vins Tulip sont également vendus en Europe, en Asie, et même en Ethiopie. En Israël, ils sont en vente chez différents cavistes et dans plusieurs restaurants gastronomiques.

Lorsque la cave a fêté ses trois ans, Itzhaki a voulu commencer à produire du vin casher, pensant que sinon il ne serait pas en mesure de continuer à grandir. Il s'est vu dire – entre autres – que pour être certifié casher, Tulip ne devait embaucher que des travailleurs orthodoxes. Un problème, puisque les habitants de Kfar Tikva ne sont pas religieux. Le premier rabbin qu'il consulte lui suggère alors de licencier tous ses employés pour n'embaucher que des Juifs orthodoxes. Inutile de préciser qu'Itzhaki refuse catégoriquement. Au lieu de cela, il se lance dans une bataille qui dure quatre ans pour obtenir un certificat de casherout sans n’avoir à licencier personne. Près de 40 rabbins se sont succédés sur le dossier Tulip Winery jusqu'à ce qu’un compromis soit finalement trouvé : trois orthodoxes surveillent la casherout tandis que les autres employés sont autorisés par le rabbinat à travailler sur la majeure partie du processus de production du vin.

Après réflexion, l'histoire de Tulip Winery s’apparente plus à un conte de fées qu’à un exemple de manuel scolaire.

Pour plus d'informations sur les vins Tulip : www.tulip-winery.co.il