Madame l'Ambassadrice

Première femme jamais nommée au poste d’Ambassadrice de France en Israël, Hélène Le Gal a pris ses fonctions en septembre dernier. Ancienne Première secrétaire à l’Ambassade de France à Tel Aviv entre 1994 et 1998, cette diplomate émérite de 49 ans ne cache pas son plaisir d’être revenue en Israël

Qu’est-ce qui a changé en Israël depuis 20 ans ?

S.E Hélène Le GalMarine Crouzet / Ambassade de France à Tel Aviv

Le développement économique soutenu, qui a complètement remodelé le paysage israélien, et les grandes vagues d’immigrations. Il y a 20 ans toute une population d’ex-union soviétique arrivait en Israël, c’est frappant de voir comment ces personnes aujourd’hui complètement intégrées ont apporté une physionomie nouvelle au pays. Maintenant, ce sont les français qui arrivent massivement en Israël et c’est un changement certain.

Justement, qu’est-ce que cette communauté française, de plus en plus importante en Israël, apporte au pays ?

Outre le cliché des croissants et de la baguette, les français ont importé leur gastronomie et un mode de vie ‘à la française’ qui, je crois, plait beaucoup aux Israéliens. Plus généralement, ils sont un pont entre la France et Israël et chacun dans son domaine est générateur de nouvelles coopérations, de collaborations et d’échanges. Pour moi, c’est d’une grande richesse car cela prouve aussi que le travail que l’on fait au niveau diplomatique peut-être démultiplié par le nombre de français présents ici.

Quelles seront les grandes lignes de la coopération bilatérale franco-israélienne ?

Il y a trois points majeurs. Premièrement, la sécurité : nos échanges avec Israël sont très importants. Nous avons été attaqués sur notre territoire national par des personnes qui s’organisaient en Syrie, qui n’est pas très loin d’ici, et où la France mène de grosses opérations militaires. Nous combattons les mêmes ennemis, qui sont les groupes terroristes. Deuxièmement, l’économie en mettant l’accent sur l’innovation car Israël dans ce domaine est un pays remarquable. Troisièmement, la culture puisqu’il y aura en 2018 une saison croisée avec beaucoup d’évènements. Ce sera une très belle vitrine pour les échanges culturels franco-israéliens.

Quels sont vos endroits préférés en Israël ?

J’aime beaucoup les paysages désertiques, sans hésitation le Néguev. A Tel Aviv je dirais la rue Dubnov, où j’habitais il y a 20 ans. J’adore ce quartier débordant de lieux culturels, de bars et de restaurants. Ce que j’aime à Tel Aviv – et qui rejoint Paris ou d’autres villes françaises – c’est qu’on s’attarde aux terrasses de cafés, on arpente les rues et on vit dehors, surtout que le climat ici permet de le faire tout au long de l’année.

Qui sont vos artistes israéliens préférés ?

J’ai eu le privilège de déjeuner avec lui il y a peu de temps : A.B. Yehoshua, un écrivain passionnant qui en plus est francophone. Je pense également aux actrices Ronit Elkabetz, qui nous a malheureusement quitté récemment, et Yael Abecassis. J’ai aussi beaucoup aimé ‘L’institutrice’, un film de Nadav Lapid. Enfin je citerai la chanteuse franco-israélienne Yael Naim.

Qu’est-ce qui vous tient personnellement à cœur ?

La paix. La diplomatie, c’est le contraire de la guerre, c’est essayer de trouver des solutions à des problèmes sans passer par la voie militaire. Mon rôle c’est de rapprocher les gens, de promouvoir le dialogue.

Qu’en est-il de l’initiative de paix française ?

Il y a un constat : les négociations entre Israéliens et Palestiniens n’avancent pas. Notre idée est donc de faire travailler les partenaires américains, européens et arabes, afin de mettre en œuvre toute une série d’incitations – économiques par exemple – pour qu’un jour, je l’espère, les négociations reprennent. Les Arabes ont d’ailleurs des choses à proposer, comme une reconnaissance d’Israël en cas d’accord.

Que répondez-vous au ministère israélien des Affaires étrangères qui accuse la France de pratiquer le « deux poids deux mesures » concernant l’étiquetage de produits israéliens fabriqués en dehors de la ligne verte (pré-1967) ?

Ce n’est pas vrai. D’abord étiqueter un produit c’est informer le consommateur sur la provenance des produits, ça ne veut pas dire que le consommateur va cesser d’acheter ce produit. Ensuite nous ne sommes pas les seuls, il y a quatre pays de l’Union européenne qui sont en train de mettre en œuvre cette recommandation qui vient de la Commission européenne. Et pour finir, prenez l‘exemple de la Russie. Ses dirigeants ont été sanctionnés pour avoir occupé la Crimée et l’importation dans l’Union européenne de biens produits en Crimée est totalement interdite, sauf pour les produits certifiés ukrainiens. Etiqueter un produit ce n’est pas le boycotter. Je tiens à rappeler que la France a une politique extrêmement dure envers ceux qui appellent au boycott des produits israéliens et des condamnations lourdes ont déjà été prononcées dans ce sens dans différents tribunaux français.

Si vous aviez un conseil à donner aux femmes qui veulent se lancer en diplomatie ?

Trop souvent, les femmes s’autocensurent et limitent leurs inspirations – et pas seulement en diplomatie. Ne vous fixez pas de limites, si la vie apporte son lot de contraintes, il faut s’adapter et trouver des solutions. J’ai totalement intégré le fait que ce ne soit pas naturel pour beaucoup de personnes d’avoir face à eux une Ambassadrice. Parfois quand je suis avec mon mari, on pense que c’est lui l’Ambassadeur… Ça ne me gêne pas. Ne vous imposez jamais des barrières.