Un pont entre les cultures

Comme l’écrivait si justement Hegel : « la chouette de Minerve ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit ». Pour sa deuxième édition consécutive, l’Institut français d’Israël organisait la Nuit de la Philosophie à Tel Aviv ; en coopération cette année avec l’Institut Goethe et l’Institut israélien pour la Démocratie. Un succès

Plus de 5.000 personnes ont arpenté les rues de la ville qui ne dort jamais pour participer à des discutions et des conférences, mais aussi à des lectures et des séquences musicales dans une quinzaine de lieux différents. Sur des thèmes tels que la démocratie, la religion et les droits de l’Homme ou l’avenir de l’humanisme face à la technologie et les progrès de la science, 70 intervenants philosophes et intellectuels français, allemands et israéliens ont guidé les curieux à travers un itinéraire philosophique nocturne.

Nuit de la philosophieMarine Crouzet / Ambassade de France en Israël

Car si philosopher c’est prendre le temps de la réflexion, « seules les pensées que l’on a en marchant valent quelque chose » (Nietzsche).

A la lumière du coucher de soleil reflété sur les façades vitrées des tours de l’avenue Rothschild, s’est ouverte la deuxième édition de la Nuit de la Philosophie le 26 mai dernier. Après la lecture d’un texte d’Albert Camus au son d’un violoncelle sur la place piétonne face à l’Institut français, les amateurs de philo se sont dispersés dans les rues de Tel Aviv, leur précieux programme des festivités à la main.

Un message d’espoir et de paix

Présent à la cérémonie d’ouverture, au côté de son homologue allemand, l’ambassadeur de France en Israël Patrick Maisonnave s’est dit fier du succès de cette manifestation mais s’est également avoué ému. « Nous nous souvenons, nous les Français et nous les Allemands, que nos Etats se sont déchirés pendant plus d’un siècle en Europe. Je suis donc très fier et très heureux que nous soyons aujourd’hui associés dans l’organisation d’une manifestation dédiée aux libertés, ici à Tel Aviv ».

Pour Patrick Maisonnave, il s’agit là d’une magnifique réalisation franco-allemande qui met en valeur l’esprit critique, la démocratie et les droits de l’Homme tout en transmettant un important message d’espoir et de paix. « Il n’y a qu’à voir la richesse des patrimoines philosophiques allemand, français et israélien pour comprendre que nous sommes porteurs de valeurs universelles ».

« Le nombre d’Israéliens de tous âges, de toutes conditions et de toutes origines venu assister à cet événement montre que la philosophie est évidemment un pont entre les cultures », a conclu l’ambassadeur sur quelques notes de violoncelle.

Langage universel

Pendant près de huit heures, les assidus noctambules auront ainsi pu assister – entre autres – à un panel sur « le judaïsme et les droits de l’Homme : une histoire d’amour et de haine » au centre Suzanne Dellal, à des réflexions sur le féminisme oriental en hommage à l’actrice Ronit Elkabetz à la Mansion House, ou encore à une discussion sur le nihilisme contemporain avec Mehdi Belhaj Kacem, Raphael Zagury-Orly et Joseph Cohen. 

« Je suis frappé de voir à quel point la philosophie est vivante à Tel Aviv, ici on ne vient pas répondre à un besoin, mais a un véritable désir de philosopher ensemble », a expliqué le philosophe Joseph Cohen.

Ainsi, après plus de soixante interventions en français, en hébreu et en anglais, la nuit de la Philosophie s’est conclue par un petit déjeuner sur la terrasse de l’Institut français vers trois heures du matin.

« La philosophie, c’est pouvoir jeter un pont entre au moins deux inconciliables. Donc si la philosophie est garante d’un espoir, c’est bien de celui d’être un langage universel », a conclu Joseph Cohen.

Le rendez-vous est par ailleurs déjà pris pour l’année prochaine. L’Institut français d’Israël organisera la troisième édition de la Nuit de la Philosophie le dernier jeudi du mois de mai, au crépuscule.