Révolution diplomatique

L’IDC Herzliya est devenue, au fil des années, l’université de la diversité. Et lorsque des étudiants venus de plus de 80 pays différents travaillent main dans la main, rien n’est impossible. Pas même combattre pacifiquement les ennemis d’Israël

A l’ombre des eucalyptus, sur le campus d’une université qui s’est hissée au rang des plus prestigieuses du monde, se croisent chaque année près de 7.500 étudiants. 30% d’entre eux ont choisi la Raphael Recanati International School (RRIS), créée spécialement afin de permettre à des étudiants venus du monde entier d’accéder à de nombreux programmes universitaires de haut niveau, en anglais. Le RRIS propose des licences en psychologie, en sciences informatiques, en commerce et économie, en communication et en diplomatie, ainsi que plusieurs programmes d’excellence et de masters.

Groupe d'étudiants volontaires, IDCCourtesy

« Lorsque vous êtes diplômés de l’IDC, vous avez des amis partout dans le monde », note Jonathan Davis, directeur du RRIS et vice-président chargé des relations extérieures.

« L’une des pierres angulaires de l'IDC est de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour renforcer le lien entre les communautés juives à l'étranger et Israël. Bon nombre de nos diplômés deviennent de futurs dirigeants et des ambassadeurs pour l'Etat d'Israël », poursuit Jonathan Davis.

C’est dans cet esprit que l’ancien ambassadeur d’Israël aux Nations-unies, Ron Prosor, a pris la présidence du prestigieux programme Abba Eban International Diplomacy de la Lauder School of Government, Diplomacy and Strategy.

Fort d’une carrière diplomatique de plus de 30 ans, cet ancien Directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères, ex-Ambassadeur d’Israël en Grande Bretagne, également passé par le Consulat d’Israël à Washington s’impose à présent un nouveau défi : enseigner à la future génération de diplomates.

Valeurs morales et démocratie

« Je veux donner à ces futurs dirigeants la motivation et les armes pour affronter l’épreuve de la diplomatie », explique Ron Prosor. L’homme qui dit avoir bâti sa carrière sur le respect et le professionnalisme souhaite aujourd’hui apprendre à ses étudiants – une élite triée sur le volet – comment remporter un combat diplomatique en respectant les valeurs morales qui sont propres à une démocratie. « Un combat sans jamais se rabaisser au niveau de l’ennemi, est un long et difficile combat mais nous le gagnerons », assure le diplomate.

Ce combat, auquel Ron Prosor fait référence, est celui de la légitimité d’Israël aux yeux du monde. Après avoir servi durant quatre ans comme Ambassadeur d’Israël à l’ONU, celui pour qui les rouages de la diplomatie n’ont plus aucun secret est catégorique : la difficulté, c’est le nombre. « Sur les 193 Etats membres des Nations-unies, seuls 87 sont des démocraties. En outre, 22 Etats sont membres de la Ligue arabe, 57 font partie de l’organisation des Etats islamiques et plus de 120 pays font partie du Mouvement des non-alignés. Et tous ces pays votent systématiquement contre Israël », explique-t-il. Cependant, selon le diplomate, il existe aussi au sein de l’ONU une forte demande pour le savoir-faire israélien. « Dans des domaines tels que l’agriculture, l’énergie solaire, le high-tech ou encore la médecine, Israël est un leader mondial. C’est ce que je voulais mettre en avant ».

Visiblement encore ému, Ron Prosor se souvient du jour où l’Ambassadeur de Tanzanie est monté à la tribune de l’Assemblée Générale des Nations-unies pour dire que s’il avait généralement beaucoup de reproches à faire à Israël concernant les Palestiniens, il souhaitait aujourd’hui remercier l’Etat hébreu pour tout ce qu’il fait en Afrique. « C’était extraordinaire. L’ONU c’est aussi la chance de pouvoir créer des liens dans un environnement où l’on peut promouvoir le vrai visage d’Israël ».

Le cœur de la stratégie israélienne

Car la stratégie du diplomate demeure la même depuis des années : montrer aux peuples le vrai visage d’Israël. Le visage d’un pays libre et démocratique, qui a réussi en 68 ans d’existence à se rendre indispensable dans le monde. « Aujourd’hui, beaucoup d’Etats nous considèrent comme un partenaire stratégique essentiel même s’ils ne l’expriment pas encore publiquement, pour des raisons politiques internes », assure Ron Prosor.

« A force de discussion, on arrive à faire tomber des barrières que l’on croyait insurmontables. C’est ce qu’il s’est passé en janvier 2015, quant au moment de passer au vote d’une résolution sur la création d’un Etat palestinien, le Nigéria et le Rwanda se sont abstenus », se félicite l’ex-Ambassadeur avant de poursuivre : « A la minute où on touche ces personnes, même le BDS ne peut plus rien faire contre nous.

Il l’avoue cependant, la campagne internationale Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) est un réel danger pour Israël. Sur un ton plus grave, Ron Prosor explique qu’il est indispensable de lutter contre le BDS en débusquant ceux qui financent et qui tirent les ficelles de ce mouvement qu’il qualifie d’anti-démocratique, liberticide et souvent antisémite.

Dans cette guerre contre le BDS, l’IDC est devenu un véritable centre de commandement.

BDS vs IDC

En 2012, alors que débute une guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, Yarden Ben Yosef, jeune étudiant en communication à l’IDC, est horrifié de voir la déferlante anti-israélienne sur Internet. Il décide, avec quelques-uns de ses amis, de répondre aux messages de haine sur les réseaux sociaux et d’en parler aux autres étudiants. Le lendemain, ils sont une centaine de volontaires. Ils sont 400 lorsque la guerre se finit et chacun retourne à ses études après la signature d’un fragile cessez-le-feu. Deux ans plus tard, éclate une nouvelle guerre. Avec le début de l’opération Bordure Protectrice, Yarden Ben Yosef remet en place son « centre de commandement », ils sont 700 le premier jour, plus de 2.000 à la fin de la guerre. Il réalise alors qu’il a mis en place une « armée » d’étudiants dont le nombre et la diversité fait la force.

« Après Bordure Protectrice, avec l’aide des organisations Israeli American Council et Maccabees Task Force, ainsi que le soutien de l’IDC, j’ai créé le Public Diplomacy Program pour lutter contre le BDS et tous les groupes anti-israéliens », raconte Yarden Ben Yosef depuis son bureau au troisième étage d’un département de Communication flambant neuf.

Le jeune homme de 29 ans en est persuadé, jamais il n’aurait pu faire ce qu’il a fait ailleurs que sur le campus de l’IDC. « Ici, il y 1.800 étudiants qui parlent plus de 40 langues différentes. J’ai la possibilité de monter un film pendant sept heures dans un des studios mis à notre disposition par l’université pendant que des étudiants en droit examinent des possibilités d’actions légales, alors que des étudiants en psychologie, en diplomatie et en finances rédigent des textes, créent des graphiques et des infographies. C’est une véritable révolution ».

Son but, est de fournir aux volontaires un contenu de qualité et personnalisé, ainsi qu’une force pour inonder le web. « Sur Facebook par exemple, si 2.000 personnes dénoncent une page malveillante, elle tombe dans la journée, l’impact est énorme », explique Yarden Ben Yosef.

Quartier général

« Il y a même des Arabes-israéliens qui nous aident, discrètement ». L’action du Public Diplomacy Program se veut anonyme, et sans étiquette. L’idée de Yarden Ben Yosef est de produire des campagnes visuelles de qualité, sans logo, qui ne sont pas signées, afin de les donner à ceux qui veulent défendre les valeurs d’Israël dans le monde. « Tous nos volontaires sont anonymes. On ne veut pas être associés à qui que ce soit pour ne pas être catalogués, pour pouvoir toucher le plus de monde possible, pour que celui qui ignore ce qui se passe en Israël et ce pourquoi Israël se bat puisse se rendre compte. On ne ment pas, on travaille avec nos valeurs », tient-il à préciser.

Aujourd’hui, ils sont plusieurs dizaines de milliers d’étudiants aux quatre coins de la planète à lutter contre le BDS. Reliés par tous les moyens de communications disponibles, le tout centralisé depuis le « quartier général » à l’IDC. Les têtes pensantes du Public Diplomacy Program ont compris qu’il fallait fournir un contenu personnalisé en fonction du public auquel ils s’adressent. « On ne communique pas avec des étudiants juifs américains comme on communique par exemple avec des étudiants français au lendemain d’un attentat ».

La prochaine étape pour Yarden Ben Yosef, sera de recruter « des centaines de milliers de volontaires, voire des millions ». Pour ce faire, le Public Diplomacy Program sortira d’ici un mois une application. ACTIL est une interface simple, dont le but unique sera de distribuer des missions. « L’idée est simple, à chaque fois que nous avons une nouvelle mission, nous la publions sur notre interface et chaque utilisateur peut choisir d’y contribuer ou non ». Cela peut aller du partage de contenu, à la rédaction d’un article ou à la traduction d’un texte, en passant par la participation à une manifestation ou le tournage d’un reportage.

« Nous voulons surtout redonner espoir aux étudiants pro-israéliens qui se sentent de plus seuls dans leur combat contre la désinformation et la haine, et leur dire qu’ils ne sont pas seuls, que les étudiants de l’IDC, ici en Israël, sont là pour les aider et les soutenir », conclu Yarden Ben Yosef.

Une initiative qui pourrait expliquer pourquoi Ron Prosor a choisi  de venir enseigner dans cette université.

Pour plus d'informations sur IDC Herzliya : www.idc.ac.il