Sionisme 2.0

Israel Tech Challenge a été fondé en 2012 par deux entrepreneurs franco-israéliens afin d’offrir à de jeunes talents les outils, l’expérience et le réseautage nécessaires au lancement de leur carrière dans l'industrie de l'informatique en Israël

L'idée d’Oren Toledano est « simple » : trouver les meilleurs. Parmi ces meilleurs, trouver de jeunes talents juifs qui voudraient potentiellement faire leur aliyah. Car pour cet ancien commandant de l’Unité 8200 — renseignement de Tsahal — aujourd’hui co-fondateur, avec Raphael Ouzan, et directeur d’Israel Tech Challenge, il n’y a pas de problème sans solution.

Israel Tech ChallengeYoel Koskas

Son problème a été de s’apercevoir que la force motrice de l’innovation israélienne, incarnée par les ingénieurs russes arrivés en masse dans les années 1990, commençait à s’épuiser. « Tous ces ingénieurs partaient à la retraite les uns après les autres, et il n’y avait pas assez de têtes pensantes pour les remplacer et permettre à Israël de progresser et de rester compétitif », explique Oren Toledano avant d’exposer sa solution : « créer un programme d’élite visant à attirer en Israël des ressources humaines technologiques ».

Cette idée, Oren Toledano la cultive alors qu’il devient l’envoyé de l’Agence juive en France et en Belgique. A l’époque, il est déjà ami avec Raphael Ouzan, un jeune surdoué de l’informatique qui a remporté le prix du Président d’Israël de Technologie et Innovation à 17 ans, et qui sort aussi de la prestigieuse Unité 8200.

Raphael Ouzan est un expert en cyber-sécurité et en analyse de données. Il code depuis l’âge de 13 ans et est le co-fondateur de BillGuard, qu’il a vendu à l’américain Prosper Marketplace pour 40 millions de dollars l’année dernière. Il dirige aujourd’hui le centre de Recherche et Développement de BillGuard’s Technologies à Tel Aviv et est un des conservateurs du World Economic Forum de Davos.

« Bombe nucléaire »

Israel Tech Challenge est un programme intensif de dix mois inspiré des entrainements de l’Unité 8200 d’une part, et fort d’une formation professionnelle donnée par les plus grandes sociétés de high-tech du monde, d’autre part. Le programme est divisé en deux parties : les cinq premiers mois sont dédiés à l’entrainement et à l’apprentissage, ainsi qu’à la découverte d’Israël dans ce qu’il fait de mieux. Durant les cinq derniers mois les participants sont tous embauchés par des sociétés telles que Google, PayPal, Checkpoint, IBM, Microsoft ou encore Intel, parmi tant d’autres.

« Nous créons une véritable bombe nucléaire du high-tech. Nous réunissons les meilleurs des meilleurs, nous leur offrons un entrainement qu’ils n’auraient jamais pu obtenir ailleurs, et nous leur donnons la possibilité au bout de cinq mois de commencer à travailler pour les plus grandes sociétés de high-tech du monde, ici en Israël », se félicite Oren Toledano.

Car l’entreprise est judicieuse. Grace à un partenariat avec l’Agence juive, les participants au programme reçoivent une bourse mensuelle (environ 830 euros) durant cinq mois. « Au début, j’ai sous-estimé la partie identité juive. Mais je me suis vite rendu compte que pour nourrir intellectuellement ces jeunes talents, il fallait aussi une part de sionisme à mon programme car sinon, où était l’intérêt pour eux de venir en Israël ? », poursuit Oren Toledano.

Inutile de préciser que durant les cinq derniers mois, une bourse n’est plus nécessaire. Le salaire moyen offert par les nouveaux employeurs de ces jeunes prodiges est de 5.230 euros. « 80 % des jeunes qui participent à notre programme restent en Israël. Nous avons créé une situation dans laquelle les sociétés luttent pour garder nos talents quand ils veulent rentrer chez eux à la fin du programme ».

Israel Tech ChallengeYoel Koskas

Ecosystème israélien

Israel Tech Challenge est une société à but non lucratif soutenue non seulement par l’Agence juive, mais aussi par le cyber-bureau national israélien (rattaché au bureau du Premier ministre), des donateurs privés et les sociétés partenaires.

« Je crois que l’ingrédient secret pour réussir dans la startup nation c’est l’audace. Ici en Israël, personne ne retiendra que vous avez échoué plusieurs fois. Mais tout le monde se souviendra que vous n’avez jamais baissé les bras et que vous avez fini par réussir », explique Alex Ohayon.

Alex Ohayon est un jeune français de 24 ans qui, après avoir participé au programme Israel Tech Challenge, a décidé de rester en Israël et de continuer à travailler pour Google en tant qu’analyste scientifique de données. Ce diplômé de l’Ecole des Mines et du MIT avait ce que Oren Toledano qualifie de « syndrome français ».

« Les étudiants des grandes écoles françaises sont des théoriciens. Ils ont un niveau d’ingénierie générale et de mathématique bien plus élevé que celui des autres étudiants dans le monde, mais ils manquent cruellement d’outils pratiques. C’est ce que nous leur offrons ici, de façon intensive », explique Oren Toledano.

Aujourd’hui, Israel Tech Challenge c’est une communauté forte de 200 anciens participants venus du monde entier, complètement intégrée à l’écosystème israélien. Le campus est symboliquement situé dans un immeuble classé monument historique, sur la rue Herzl à Tel Aviv. « Une rue au nom de celui qui nous a appris que ‘si vous le voulez, ce n’est pas un rêve’ », plaisante Oren Toledano.

Ilana Lascar, 23 ans, est née à Paris. Etudiante à l’Ecole Nationale Supérieure des Techniques Avancées (ENSTA) cette jeune future ingénieure – anciennement présidente de l’UEJF Grandes Ecoles – pense à venir s’installer en Israël depuis plusieurs années. Aujourd’hui, elle effectue un stage de cinq mois en tant qu’analyste scientifique de données pour le département de Recherche et Développement de General Motors et travaille à la création de voitures intelligentes ici, en Israël.

Parier sur l’avenir

« La formation d’Israel Tech Challenge est une expérience très différente de toutes les autres formations universitaires », explique Ilana Lascar. « Elle est proche des entreprises et offre une occasion de vivre pendant près d’un an en Israël en se connectant à des personnes dans le monde entier tout en ajoutant une expérience de valeur à son CV ».

Ilana Lascar travaille au sein d'une équipe de 14 personnes de sept nationalités différentes. « Israel Tech Challenge m’a ouvert un large éventail de possibilités en Israël en m’offrant un réseautage précieux, de solides connaissances, de la confiance en soi et une préparation très précise pour de futurs entretiens d’embauche. Ce programme m'a aidé à réaffirmer mon désir de venir vivre en Israël et de faire mon Aliyah après la fin de mes études ».

Dan Journo est arrivé en Israël grâce au programme d’Israel Tech Challenge après un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Centrale et une maitrise de l’Ecole Normale Supérieure en Intelligence Artificielle. Il a effectué son stage de cinq mois à Checkpoint où il a monté une équipe dans le domaine des grandes analyses de données. Aujourd’hui, il fait partie d’un fond d’investissement et travail sur son propre projet.

Pour Karen Assraf, 24 ans, détentrice d’un master en mathématiques appliquées de l’Ecole Nationale Supérieure des Télécommunications et d’un master en innovations de l’Ecole Polytechnique, Israel Tech Challenge a été une révélation.

« Les Israéliens sont pragmatiques et humbles. J’ai travaillé ici avec de véritables génies qui ne m’ont jamais regardé avec arrogance mais qui au contraire m’ont toujours considérée comme égale. J’ai énormיment appris d’eux, non seulement au niveau technologique mais aussi d’un point de vue humain », raconte Karen Assraf.

« Karen avait un niveau théorique exceptionnel en arrivant chez nous, mais plutôt appliqué aux finances et pas vraiment adapté au marché israélien. Elle a fait un énorme effort sur la programmation et elle a trouvé un super job ici en Israël », affirme Oren Toledano.

Israel Tech Challenge a déjà, à son actif, des dizaines d’autres exemples de parcours hors du commun comme ceux-ci. Ainsi, le slogan d’Israel Tech Challenge prend tout son sens : « Hack your future ».

Pour plus d'informations sur Israel Tech Challenge : www.israeltechallenge.com