La star des marchés

Michal Ansky, gourou de « la ferme à la table » et personnalité très populaire de la télévision israélienne, raconte comment elle a contribué à changer l'attitude des Israéliens vis à vis des légumes frais

Michal Ansky ne veut pas paraitre présomptueuse et se montre réticente à parler de ses succès. Pourtant, elle a toutes les raisons d'être fière de cet impressionnant parcourt, compte tenu du fait qu'elle n'a que 35 ans.

Michal AnskyRon Kedmi

Grace à l'émission de téléréalité Master Chef, où elle a été l'un des quatre juges durant les six dernières saisons, Michal Ansky est devenue une célébrité qui ne peut plus marcher dans la rue sans être arrêtée par ses fans. Cependant il ne serait pas juste d'attribuer son succès au seul impact de cette émission. Car Michal Ansky a largement gagné ses galons d'experte culinaire et d'entrepreneuse. Elle est, en effet, celle qui a contribué, au cours de ces dernières années, à changer l'approche de la cuisine israélienne en rendant ses titres de noblesse aux produits agricoles.

« Fresh is best »

La carrière de Michal Ansky est basée sur son dévouement à la promotion des produits frais. « La nature fait 90% du travail et notre tâche consiste à récolter ces dons de la nature avec délicatesse », affirme-elle, résumant sa doctrine gastronomique. « Avant, il n'y avait qu'une seule variété de tomates disponible dans les supermarchés israéliens. Ma mission a été de faire connaitre au public israélien la biodiversité et les avantages des produits frais. Le meilleur des récoltes était systématiquement exporté et il était très difficile de trouver des fruits et des légumes frais de bonne qualité ici », explique-t-elle. « Les Israéliens qui voyageaient à l'étranger et arpentaient les marchés locaux étaient souvent surpris d'y trouver des produits fabuleux dont la provenance n'était autre qu'Israël. Il y a cette fameuse anecdote à propos du chef Eyal Shani (également juge de l'émission Master Chef, NDLR) qui en voyant de divines tomates sur un marché français a demandé pourquoi il n'y en avait pas d'aussi belles en Israël, et s'est vu répondre qu’elles avaient été importées d'Israël », raconte encore Michal Ansky en riant.

Michal Ansky a découvert les joies de l'achat de produits frais en se promenant sur les marchés européens et a ouvert le premier marché agricole israélien alors qu'elle terminait sa maitrise en Sciences Gastronomiques en Italie. « J'étais jalouse des marchés européens et je ne comprenais pas pourquoi il n'existait rien du genre en Israël », se souvient-elle. Il fallait rectifier la situation. « Les Israéliens ne faisaient pas la différence entre les multitudes de variétés de pommes de terre ou de champignons, j'ai décidé que je devais les éduquer ». Le premier marché agricole a donc vu le jour sur le port de Tel Aviv en 2007. Un succès, depuis le jour un. Tous les vendredis, des agriculteurs venus des quatre coins du pays viennent vendre leurs fruits et légumes frais, se mélangeant aux fermiers et à leurs produits artisanaux pour le plus grand plaisir des consommateurs. 

« Quand nous avons commencé, j'ai dû convaincre les agriculteurs de vendre aux Israéliens. J'ai choisis les meilleurs produits du pays pour les présenter au public afin de les initier au concept de manger des légumes qui avaient été cueillis le matin même. Aujourd'hui, ce sont les producteurs qui viennent à nous et qui veulent faire partie de nos marchés », elle ajoute.

Éduquer le public

Michal Ansky et ses associés dirigent aujourd'hui sept marchés hebdomadaires dans le pays : à Tel Aviv, Beersheva, Herzliya, Kfar Saba, Holon et Rishon LeZion. En plus des fruits et légumes de saison, ces marchés offrent une riche sélection de fromages, de viandes, de poissons, d'huile d'olives, de pains et de pâtisseries. Le succès de ces marchés prouve que les israéliens apprécient non seulement la qualité mais aussi qu'ils sont ouverts à la découverte de choses nouvelles. « Nous avons sensibilisé le public, par exemple, à la façon de cuisiner les pommes de terre. Acheter des Ratte pour faire de la purée et de la Désirée pour des pommes au four. Les Israéliens comprennent maintenant qu'il est important de manger des produits frais et non de les garder sur le comptoir de la cuisine ou au réfrigérateur plusieurs jours », souligne-t-elle. « Je suis fière de la façon dont les israéliens font leurs courses, même les supermarchés ont appris de nous. Aujourd'hui, chaque supermarché propose différentes sortes de fruits et de légumes, étiquetés en fonction de sa variété ».

Forte du succès du marché hebdomadaire de Tel Aviv, Michal Ansky ouvre en 2010 – en collaboration avec Shir Halpern et Roee Hemed – le premier marché alimentaire permanent d'Israël dans un hangar de 1.000 m² sur le port de Tel Aviv, ouvert six jours sur sept (fermé le dimanche).

« Shuk Hanamal » offre une expérience culinaire unique et est presque toujours bondé d'amateurs qui cherchent à acheter des produits artisanaux de haute qualité, pour les cuisiner à la maison ou manger sur place. En plus d'offrir d'irrésistibles produits frais allant du fromage aux fruits de mer en passant par la boulangerie, le marché offre un bar à smoothies, un stand de pâtes fraîches et de la bière brassée artisanale. À ne pas manquer : le restaurant Yahaloma, qui sert des plats cuisinés directement sur le marché et Sherry Herring, une sandwicherie qui propose de délicieux poissons fumés et marinés. Elle est tenue par la mère de Michal, Sherry Ansky, elle aussi experte en cuisine.

Et qu'est-ce que pense Michal Ansky du « Sarona Market », cette nouvelle adresse tenue par le géant Gindi Holdings qui fait partie du complexe Sarona près du centre Azrieli en plein cœur de Tel Aviv ? « Je n'ai pas peur de la concurrence », affirme-t-elle. « J'aime la concurrence. Mais il faut beaucoup de savoir-faire pour ouvrir un marché couvert. Il y a très peu de gens dans le monde qui ont réussi à faire vivre ce genre de marché, il faut être expert et comprendre les goûts des gens vivant dans la région », nuance cependant la jeune femme.

« Melting pot cuisine »

Pour Michal Ansky, Israël est l'endroit le plus intéressant de la planète d'un point de vue culinaire. « La gastronomie israélienne a pris son envol au cours des dernières années : d'un pays où personne ne buvait de vin à table et qui remporte à présent des prix vinicoles internationaux, qui vendait de l'huile d'olives sans gout à une référence mondial en la matière », se félicite-t-elle. « Au cours des dix dernières années, les chefs israéliens ont appris à utiliser ce que la terre du ‘lait et du miel’ avait de mieux à leur offrir. Ils ont créé une cuisine contemporaine basée sur des souvenirs de leurs grands-mères mais en utilisant des matières premières fraiches et de qualité qui changent selon les saisons ».

Ansky en est persuadée, c'est cette atmosphère de « melting-pot », où chaque chef est fidèle aux racines culinaires de sa famille tout en s'inspirant de la diversité ethnique qui fait de la cuisine israélienne une cuisine unique. « Aujourd'hui, les chefs des restaurants les plus respectés en Israël sont fiers de présenter la cuisine de leur mère avec leurs interprétations personnelles. Les chefs israéliens ont commencé à voyager à travers le monde et ont appris de nouvelles techniques. On peut aujourd'hui manger en Israël de la nourriture irakienne cuisinée avec des techniques japonaises », s'émerveille Michal Ansky. Elle attribue une grande partie de cette évolution à la mentalité « start-up » du pays. « Les Israéliens sont curieux, ils savent comment glaner idées et en faire de grandes réalisations ».

Entrepreneuse occupée

Michal Ansky, qui est divorcée et mère d'une petite fille âgée de cinq ans, travaille très dur et, animée par un esprit d'entreprise, est toujours occupée à planifier son prochain projet. Elle a beaucoup écrit sur la nourriture dans les journaux, apparaît régulièrement à la radio et la télévision, et a écrit un livre de recettes, « Food from Home ». Il y a quelques mois, elle a ouvert un deuxième marché couvert, dans le quartier nord de Tel-Aviv de Ramat Hahayal. Encore plus excitant, elle prévoit d'ouvrir un grand marché intérieur – casher – à New York plus tard cette année et travaille également sur un concept unique pour l'Europe.

Le tournage de la prochaine saison de Master Chef commence en Juillet. Même si elle aime faire partie de cette émission, l’enregistrement est extrêmement intense : il y a deux jours de tournage par semaine, qui dure plus de vingt heures. Il faut trois mois pour filmer toute la saison. 

Cependant, tout n’a pas toujours été rose pour Michal Ansky qui s’est récemment trouvée dans une grave crise financière après avoir mal investi la plupart de ses économies. Elle a perdu de grosses sommes d’argent et a dû mettre beaucoup de ses projets en attente. Comme un malheur n’arrive jamais seul, son nouveau restaurant fraichement ouvert à Tel Aviv a fermé après seulement quelques mois alors que les médias israéliens faisaient leurs gros titres sur ses problèmes financiers. Mais elle refuse de s’avouer vaincue par ce revers de fortune et est déterminée à poursuivre ses rêves, en dépit d'avoir à « repartir à zéro ».

« Mon rôle est de parler autant que possible de mes erreurs de parcours », soutient-elle. « Même en période de crise, je pense qu'il est important pour moi de parler et de tirer des conclusions. J’ai reçus un coup, mais je vais grandir de cela. Il est de ma responsabilité d'apprendre de ce qui m’est arrivé et d’avertir les autres ».

Michal Ansky prévoit de lever le pied d’ici cinq ans, quand elle aura 40 ans. Elle a été acceptée à l’université de Tel Aviv en doctorat d’histoire de l'alimentation.

« A cet âge, je peux me permettre d'étudier », s’amuse-t-elle. A n’en pas douter cependant, l’avenir de Michal Ansky sera parsemé d’autres grands succès, récoltés grâce aux fruits (et légumes) d’un dur labeur